Un baptême royal à Nanterre au Moyen Âge

Portrait de Clotaire II
Portrait de Clotaire II

L'importance de Nanterre au Moyen Âge est attestée par un récit de Grégoire de Tours, évêque de cet endroit, historien de l'Eglise et des Francs. Il s'agit du baptême de Clotaire II, fils de Chilpéric Ier et de Frédégonde.

 

Né en mai 584, le nouveau-né ne reçoit pas de nom à sa naissance, ceci dans le but de ne pas propager d'inquiétude liée à la symbolique du nom mérovingien. Voulant choisir un parrain en fonction de l'évolution des troubles qui agitent le royaume des Francs, son père ne le fait pas baptiser immédiatement. Il va être élevé en secret dans la villa royale de Vitry-en-Artois, bourg situé dans le Pas-de-Calais.

 

Mais, en septembre 584, Chilpéric Ier est assassiné près de sa villa de Chelles, où il avait une maison de "plaisance". Un grand désordre s'ensuit. La reine Frédégonde réussit à conserver ses trésors personnels et quelques officiers. Elle fait emmener son fils de Vitry-en-Artois à Paris et envoie un message à Gontran (oncle de Clotaire), roi de Bourgogne, pour qu'il accepte d'adopter l'enfant et d'exercer la régence jusqu'à la majorité de ce dernier.

 

Les Grands de Neustrie (royaume franc situé au nord-ouest de la France) sont convoqués en assemblée par Gontran, assemblée qui finit par reconnaître Clotaire comme l'enfant de Chilpéric Ier, et ce, bien que des doutes sur sa filiation aient été évoqués. Ils décident alors de lui donner le nom de Clotaire.

 

Durant l'été 585, Gontran revient à Paris pour être le parrain de Clotaire. Il fait jurer à Frédégonde, trois évêques et trois cents aristocrates de Neustrie que Clotaire est bien le fils de Chilpéric Ier. Cependant le baptême est annulé et sera différé, d'année en année, jusqu'en... 591. Clotaire a alors sept ans.

Monnaie de Clotaire II
Monnaie de Clotaire II

L'importance de Nanterre

 

Frédégonde ose alors enfin reparaître à Paris. La cérémonie de baptême a lieu dans l'église de Nanterre, lieu de naissance de Sainte Geneviève. Le palais de Rueil, où se sont réunis Gontran et la veuve de Chilpéric Ier, dépend en effet à cette époque de la paroisse de Nanterre. En ce temps-là, on appelait palais, les maisons de plaisance de nos rois ; il s'agissait en réalité de grandes fermes ou métairies du domaine royal. C'est de cet endroit qu'ont été commandés les préparatifs de la cérémonie et l'aménagement du baptistère. La solennité est célébrée en grande pompe, en présence de plusieurs évêques et des principaux comtes de Neustrie.

 

Les informations données par Grégoire de Tours sont intéressantes. En portant mention d'un baptistère, elles prouvent de façon certaine l'existence d'une paroisse à Nanterre. Quant au baptistère, qui sait si de prochaines fouilles archéologiques ne nous permettrons pas d'en trouver la trace...

Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Les informations données par Grégoire de Tours indiquent aussi la dépendance spirituelle de Rueil par rapport à Nanterre et le fait, qu'en 591, date du baptême de Clotaire II, la paroisse de Rueil n'ait pas encore été créée. Elle le sera par la suite en étant ôtée de sa paroisse mère, Nanterre.

 

C'est aussi à cette époque que l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris, fondée par Clotilde et Clovis, lequel est mort depuis déjà 80 ans, commence à prendre de l'importance. Toutefois, aucun document parvenu jusqu'à nous n'indique alors la possession de Nanterre par cette abbaye. Il faut attendre 1163 pour trouver cette attestation, avec une bulle du pape Alexandre III qui mentionne la donation de Nanterre à l'abbaye.

 

Il faut en attribuer la cause aux troubles qui ont suivi l'époque carolingienne, période pendant laquelle les Normands remontent le cours des fleuves à la recherche de butins. Les grandes abbayes, avec leurs trésors et leurs richesses, furent les premières l'objet de la convoitise des pillards.

 

En 869, Charles II le Chauve, devant la menace des invasions des Vikings, fortifie l'abbaye de Saint-Denis la protégeant derrière une double enceinte de bois et de pierre. L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, d'ailleurs largement dotée de terres à cette période, est assaillie à plusieurs reprises, d'abord en 845 puis en 856, et détruite par un incendie en 861. Restaurée en 869, les bâtiments seront à nouveau pillés, saccagés et brûlés en 887.

 

Quant à l'abbaye Sainte-Geneviève, la troisième abbaye possédant des terres dans la presqu'île de Gennevilliers, elle est incendiée ainsi que ses dépendances à Paris en 857.

Cet article est largement inspiré d'un mémoire présenté par Jeanne-Claude Lambotte en octobre 1969.

 

Source : Nanterre Info #410 (Mai 2016)


Publié par Marion Juglin

 

 

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