Histoire de l'Union Européenne

24 sept. 2014

ENQUÊTE - De quand date l'Union Européenne ? Quand s'est-elle "construite" ? Cette idée d'Union est en fait bien plus ancienne qu'on ne le pense.  Retour sur l'histoire d'une partie du continent européen.

drapeau union europeenne

Mis à jour le 11 février 2016

Historiquement, des peuples ou pays s’allient pour faire face à une menace extérieure, par exemple lors d’une guerre. Notre Union Européenne telle que nous la connaissons aujourd’hui, dont les bases étaient déjà posées après la fin de la première Guerre Mondiale en 1926 avec la création de l’Union paneuropéenne, est cependant récente.

 

En effet, il a fallu plusieurs étapes avant d’en arriver là. En voici les principales d’un point de vue politique : en 1949 se créé le Conseil de l’Europe, qui réunissait pas moins de 47 Etats membres en 2009. Leur objectif est de défendre les droits de l’Homme, la démocratie et renforcer la stabilité européenne. L’acte fondateur de la construction européenne est la Déclaration Schuman, adoptée le 9 mai 1950. En 1986 est signé l’Acte Unique Européen qui relance l’intégration européenne. Il met aussi en place un espace sans frontières intérieures.

 

C’est seulement en 1992, grâce au Traité de Maastricht, aussi appelé Traité sur l’Union Européenne, que naquît l’Union Européenne que nous connaissons aujourd’hui, même si des améliorations ont été apportées par la suite.

 

Mais savez-vous que cette idée d’union des peuples du continent européen
est en fait beaucoup plus ancienne ?


Dans l’Antiquité : l’union avant l’heure


L’idée de paix sur le continent européen n’est pas récente. Cette idéalisation vient de loin, c’est celle de la Pax Romana, ou paix romaine. Cette période couvre la majeure partie du Ier, du IIe siècle et du début du IIIe siècle de notre ère.

C’est une période de paix, de prospérité économique, de sécurité et de développement du commerce. L’Empire romain est grand : ses frontières vont de l’Océan Atlantique jusqu’au désert, qui marquent la limite des conquêtes à l’ouest et au sud. Au nord l’Empire englobe une partie de l’Angleterre, et au nord-est la frontière coïncide avec le Rhin et le Danube. A l’est, les empereurs tentent d’annexer la Mésopotamie et les régions d’Orient autrefois conquises par Alexandre le Grand.

A l’intérieur de ces frontières règne la Pax Romana : les navires circulent à présent sans danger, les habitants peuvent se rendre d’Angleterre en Mésopotamie, soit 4000 kilomètres, sans traverser de frontières et ils peuvent se faire comprendre partout grâce au latin. Au IIème siècle de notre ère, la plupart des habitants ne connaît pas la guerre, à l’exception toutefois de ceux qui vivent près des frontières, souvent attaquées par des tribus extérieures. Cette notion de « paix » est cependant à nuancer et à replacer dans son contexte, en effet l’Empire romain continua de faire la guerre à certains peuples extérieurs, et à en opprimer d’autres au sein de ses propres frontières.

Même si l’idée d’union n’est pas celle d’aujourd’hui, on peut attribuer aux romains la première création d’une union des peuples du continent européen. Même s’il est vrai que cela s’est fait entre autre par la conquête et le sang, que cela n’a duré que trois siècles et que ce n’était pas l’intention de l’Empire romain de créer une union des peuples "libres"...

 L'empire romain au Ier siècle de notre ère
L'empire romain au Ier siècle de notre ère

Au Moyen-Age : un semblant d’union

Au XVème siècle, la menace de l’avancée des Ottomans dans les Balkans amena le roi de Bohême Georges de Podiébrad (1420-1471) à proposer l’union de tous les royaumes chrétiens. Il suggérait la création d’une Assemblée de Souverains dont les décisions seraient prises à la majorité simple, d’une cour de justice et d’une armée commune financée par une monnaie commune.

Cette fois-ci on se rapproche un peu plus de l’idée de l’Union Européenne actuelle. Même si ce texte n’a jamais été « approuvé » et appliqué par les rois de l’époque et notamment Louis XI, qui ne s’intéressaient pas à ces idées « visionnaires ». Ce texte fut donc enterré rapidement et sans discussion.

Georges de Podiébrad
Georges de Podiébrad

A la Renaissance : l’union se précise

Au XVIème siècle, le duc de Sully (1560-1641), ministre français et considéré comme l’un des meilleurs serviteurs de la monarchie, après s’être retiré du pouvoir (suite à l’assassinat d’Henri IV) écrivit un texte : Le Grand Dessein d’Henri IV. Il attribuait au monarque des idées qui semblent avoir été les siennes : il proposait de remodeler « l’Europe » en quinze états « qui n’eussent rien à s’envier les uns les autres du côté de l’égalité », un organisme central qui aurait pour but de « pacifier les querelles, éclaircir et vider toutes les affaires civiles, politiques et religieuses de l’Europe, soit avec elle-même, soit avec l’étranger ».

Cependant, les historiens n’ont trouvé aucune trace d’un tel projet dans les archives des puissances européennes. Soit ces archives ont été perdues ou détruites, soit, comme le pense les historiens, Sully créa de toute pièce cette attribution à Henri IV par son imagination ou sa duplicité, n’hésitant pas à fabriquer de faux documents.

Le duc de Sully vers 1630
Le duc de Sully vers 1630

Au XVIIème siècle, en 1625 précisément, Hugo Grotius (1583-1645), juriste hollandais propose la création d’une « Société des Nations ». Il s’agit d’un groupement d’Etats, dont le but est le recours à l’arbitrage plutôt que le recours à la guerre. Il préconise la création d’Assemblées, où les litiges des puissances chrétiennes seraient jugées par celles d’entre elles qui n’y sont pas intéressées, afin de chercher les moyens de forcer les parties à se réconcilier sous des conditions raisonnables ».

En 1693, William Penn (1644-1718), fondateur en 1681 de la Pennsylvanie et de la ville de Philadelphie, publia un Essai pour la paix présente et future de l’Europe : « Une Diète grouperait les représentants des Etats européens ; les décisions y seraient prises à la majorité des trois-quarts et surtout pourrait être effectivement sanctionnés, la Diète étant dotée d’une force armée ».

 

Une nouvelle pierre est posée avec cette notion d’équité entre les pays et de neutralité de la justice. Cette notion est cependant à nuancer car les droits de l’Homme n’existent pas encore, la notion de crime n’est pas la même, souvent influencée par l’Eglise.

 


Histoire de l'union européenne
de Charles Zorgbibe

402 pages

Editions Albin Michel

Collection Essais doc.

2005


Au siècle des lumières : la pensée s’éveille

 

 

En 1712, l’abbé Charles Irénée Castel de Saint Pierre (1658-1743), académicien français et aumônier de la princesse Palatine, conçu et écrivit un Projet de paix perpétuelle, dans lequel il proposait « une paix fondée sur les traités d’Utrecht  : la réunion de conférences européennes et un conseil d’arbitrage garantissant le maintien de la paix ». Il se réfère d’ailleurs au projet d'Henri IV décrit dans les Économies royales de Sully. (Extrait du projet de l’Abbé de Saint Pierre par J.J Rousseau).

Crédit : Gallica
Crédit : Gallica

En 1789, Jérémie Bentham, philosophe anglais, rédigea un Plan d’une paix universelle et perpétuelle, publié seulement en 1839, où il défendait l’idée d’une pression de l’opinion publique internationale pour faire progresser l’unité de l’Europe. Il envisageait la création d’un Parlement qui donnerait des avis consultatifs et émettrait des opinions sur les sujets d’intérêts communs.

 

En 1795, le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) écrivit un Projet de paix perpétuelle, dont l’influence sera considérable sur le président Woodrow Wilson, dont il emprunta à Kant l’idée d’une Société des Nations. Il lui est venu l’idée de donner au monde une forme juridique semblable à celle d'un État et qui pourrait assurer la paix entre les nations. Cette idée n’est pas exclusivement kantienne, d’autres l’ont eue avant comme l’abbé de Saint-Pierre et Jean-Jacques Rousseau, mais c’est Kant qui, en la poussant plus loin, influença plus directement le XXe siècle. Pour Kant, la paix n’est pas l’état naturel entre deux guerres et n’a de signification qu’en étant perpétuelle. C’est pourquoi elle doit être établie par un projet à long terme.

 

La notion d’une paix durable entre les peuples de l’Europe s’installe, et qui serait garantie par une organisation indépendante. Une nouvelle notion apparaît également et qui va faire son chemin : celle d’une opinion internationale. 

 

Au XIXème siècle : le commencement

 

Le Comte de Saint-Simon, philosophe et économiste (1760-1825) publia au moment de l’effondrement de l’Empire Napoléonien en 1814 « De la réorganisation de la Société Européenne ou de la nécessité et des moyens de rassembler les peuples de l’Europe en conservant à chacun son indépendance nationale ». Il préconise entre autre la mise en place d’institutions communes.

Comte de Saint-Simon. Ph. Coll. Archives Larousse
Comte de Saint-Simon. Ph. Coll. Archives Larousse

Mais la grande voix européenne du XIXème siècle est Victor Hugo (1802-1885). En effet, en 1849, il présida le Congrès des Amis de la Paix et lança un appel pour la création des « Etats-Unis d’Europe ». Il plaidait pour la paix, l’unification sans perte de souveraineté sur son territoire, la fraternité, les échanges commerciaux libres, le suffrage universel, mais aussi pour l’amitié étroite avec les Etats-Unis d’Amérique.

 

Cette fois-ci les bases de l’Europe prennent une autre tournure : l’envie d’instaurer une paix durable et une équité entre les pays, la notion d’institutions communes et des « Etats-Unis d’Europe » montre que l’Europe comprend qu’elle doit s’unir si elle veut être plus forte. Cette idée fera notamment  écho après la 1ère et la 2ème Guerre Mondiale, où l’unification des pays en une entité commune sera une « nécessité » pour éviter une nouvelle guerre. De plus, la notion d’amitié (très) étroite avec les Etats-Unis d’Amérique est une idée toujours présente en France.

 

 

Voici donc, en résumé, la longue histoire de la construction de l’Union Européenne, qui se créa pierre par pierre, sur presque 2000 ans. Mais son histoire n’est pas finie, elle continue de s’écrire jour après jour.


Dans cet article, certains autres auteurs qui ont aussi apporté leur pierre à l’édifice n’ont pas été cités. Entre autres :

 

- Le légiste et théologien du XIVème siècle Pierre Dubois, contemporain de Philippe le Bel, se fit l’avocat de la constitution d’un «  concile de princes laïcs et ecclésiastiques » dont les décisions, si elles étaient contestées, pouvaient faire l’objet d’un recours devant le Pape.
Érasme au XVIème siècle avançait déjà dans son Plaidoyer pour la paix l'idée d'un grand ensemble européen. Il désirait que celui-ci contînt les États chrétiens et qu'il reposât sur des valeurs de tolérance et de paix.

- La bibliothèque du cardinal de Richelieu contenait le Nouveau Cynée d’Emeric Crucé, prêtre et mathématicien du XVIIème siècle, contemporain de Louis XIII,  qui proposait de confier à une Assemblée permanente, établie à Venise, le soin d’arbitrer les conflits entre les différents Etats européens et de permettre le développement des échanges économiques. Rien d’étonnant à cela : diplomates et marchands vénitiens étaient alors très actifs et pouvaient trouver intérêt à un projet affermissant leur influence.

- Un ami quaker de William Penn, John BELLERS soumet un plan similaire au Parlement britannique au XVIIIème siècle (1710, Some reasons for an European State proposed to the Powers of Europe). Dans le détail de ce plan, le parlementaire propose de diviser l'Europe en 100 provinces d'égale importance, avec chacun un représentant au Parlement européen.

- Au XIXème siècle Wojciech Jastrzebowski présente un projet d'Europe unie en une seule entité sans frontières intérieurs dans sa publication de 1831 intitulée "Vision d'une alliance des nations européennes".


Rédigé et publié par Marion Juglin

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 Sources :

  • Wikipedia.org : Pan Europe, Guerres Ottomanes en Europe, Duc de Sully, Hugo Grotius, Etats-Unis d’Europe, Érasme
  • Europa.eu : Déclaration Schuman, Acte unique européen et Traité de Maastricht
  • Rome-roma.net : Rome Antique, Empire Romain
  • Nouvelle-europe.eu : Georges de Podiébrad
  • Europeplusnet.com : Georges de Podiébrad
  • Leconflit.com : Les projets de paix, Jérémie Bentham
  • Wikibooks.com : La Grande Chasse aux sorcières, du Moyen Âge aux Temps modernes
  • Linternaute.com : Procès de Galilée
  • Hérodote.net : Traité d’Utrecht
  • Books.google.fr : Extrait du projet de paix perpétuelle de Monsieur l’Abbé de Saint-Pierre par J.J Rousseau
  • Gallica.bnf.fr : Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe Tome I, De la réorganisation de la Société Européenne par M. le Comte de Saint-Simon
  • Laphilosophie.com : Kant et le projet de paix perpétuelle
  • Cvm.qc.ca : Le projet de paix perpétuelle d’Emmanuel Kant
  • Assemblee-nationale.fr : les Textes de Victor Hugo
  • Larousse encyclopédie : Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon
  • Histoire de l'union européenne de Charles Zorgbibe, chez Albin Michel collection Essais doc.
  • Universalis.fr : encyclopédie
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